lunes, 12 de febrero de 2018

Ne réfléchissez pas trop, réfléchissez mieux

Ne réfléchissez pas trop, réfléchissez mieux



Le mal du siècle des photographes débutants.
Comme vous devez le deviner vu le nombre d’abonnés au blog (et de visiteurs journaliers), je reçois beaucoup de mails. Quand je dis beaucoup, on peut monter à plusieurs dizaines par jour, sans compter les communiqués de presse que je ne lis pas, puisque je ne traite pas l’actualité. Et les commentaires évidemment (11 500 au total au moment où j’écris ces lignes !).
J’essaye de répondre au maximum, mais aujourd’hui j’écris cet article comme un remède à une maladie répandue chez le photographe débutant, amateur voire même le photographe tout court : la paralysie par la réflexion. Les Anglo-saxons ont un terme savoureux pour ça : overthink. Si je devais le traduire littéralement, je dirais “surpensage”, mais c’est moche, alors j’emploierai le mot anglais.

Je le vois véritablement tous les jours, dans les mails, les commentaires, sur Facebook, sur Twitter, des forums… l’overthink est omniprésent, et paralyse nombre de personnes sous un nombre de questions écrasantes :
  • Est-ce que le Machin 50mm f/1.4 est vraiment meilleur que le TRUC 50mm f/1.4 et vaut-il ses 10€ de plus ?
  • Quels sont les réglages pour faire de la photo de flamants roses à 16h12 au mois de juillet ?
  • Est-ce qu’il vaut mieux que je choisisse 1/200ème ou 1/250ème ?
  • Est-ce qu’il faut que je recadre si l’oeil de mon sujet n’est pas exactement sur l’intersection des tiers ?
  • Est-ce que 20 de Clarté dans Lightroom c’est assez, ou est-ce que je peux aller jusque 25 sans tomber dans le mauvais goût ?
  • Est-ce qu’il vaut mieux un parapluie ou une softbox pour diffuser la lumière de mon flash ?
  • Quelle est la réponse à la Grande Question sur la vie, l’univers, et le reste ? (sauf que là c’est facile, c’est 42 :D)
thinking attente réflection réfléchirJ’en rajoute à peine. Le problème, c’est d’abord qu’il n’y a PAS de réponse simple à la plupart de ces questions, et surtout que ce ne sont pas les bonnes questions. Je ne suis pas en train de vous blâmer, c’est tout à fait normal et je suis passé par là aussi.
Je ne suis donc pas en train de vous dire qu’il faut arrêter de réfléchir, passer en mode tout auto et tout shooter au 18-55mm. Je veux dire, je ne me suis pas transformé en Ken Rockwell, et je tiens un peu un blog pour vous aider en photo depuis 3 ans 😛 Simplement, trop de réflexion (ou en tout cas une réflexion mal orientée) va plutôt vous paralyser que vous aider.
Je vais donc prendre chaque grand domaine de l’overthink un à un pour battre en brèche quelques idées reçues et vous aider à y voir plus clair.

Le matériel

graphique DxoMark
Un graphique DxoMark. Ça vous fait peur ? Promis, je ne vous en inflige pas dans mon livre 😉
C’est évidemment LE domaine où vous vous posez le plus de questions, souvent les mauvaises, et on trouve aussi le plus d’informations douteuses, voire franchement fausses.
Vu le nombre d’appareils et d’objectifs disponibles, il est évidemment difficile de choisir. Les tests pullulent, vous en lisez des dizaines, mais il ne faut pas tout prendre sur un pied d’égalité. La seule manière de juger de la qualité optique d’un objectif, c’est en laboratoire. Ça peut paraître étrange, frustrant, mais c’est la réalité. Vous pouvez donc à peu près jeter tous les tests qui ne se basent pas sur des mesures labo fiables.
Le plus fiable et connu est Dxo Mark, sur lequel vous pouvez directement comparer des optiques. Focus Numérique base notamment ses tests sur des mesures DxoMark, ce qui est loin d’être le cas de tous les sites, et même de magazines papier, qui disent parfois franchement n’importe quoi (notamment quand ils disent l’exact contraire de DxoMark sans aucune preuve scientifique). Et vous ne pouvez franchement pas vous fier aux “photos de la vraie vie”, qui ne montrent franchement rien en réalité : leur seule utilité est peut-être d’évaluer concrètement le bruit à telle ou telle sensibilité ISO (même si ça dépend d’autres facteurs comme la réduction du bruit appliquée au post-traitement ou sur le JPEG par l’appareil). A ce sujet, je vous invite à lire la chronique de Patrick Moll à ce sujet, ainsi que toutes les idées faussesd’ailleurs, qui jettent à chaque fois un salvateur pavé dans la mare 😉
Si vous n’avez pas envie de chercher des dizaines de tests, ou que vous n’y comprenez rien aux graphiques, j’ai écrit un guide sur le choix d’un objectif, qui se base sur la bonne question à se poser justement : vos besoins, et non pas “est-ce que telle optique a un piqué très très légèrement meilleur que telle autre ?”.
Je prépare cet article depuis longtemps (j’étais aux Philippines quand j’en ai eu l’idée), mais hasard du calendrier, je viens d’en sortir la mise à jour 2013, qui pour l’occasion est en promo à –30% jusque dimanche 😉 (dépêchez-vous !) Au passage, je peux également vous annoncer avec plaisir (et une petite fierté, disons-le) que je suis en train d’en finaliser une adaptation papier qui sera publiée chez Eyrolles début juillet 2013, et disponible chez tous les bons libraires 😉
Une question courante que j’ai et qui relève typiquement de cette pathologie de l’overthink, c’est le choix entre 2 appareils concurrents de même gamme. Par exemple “Est-ce que le Canon 1100D est mieux que le Nikon D3100 ?
Il n’y a pas de réponse à cette question parce que :
  • Je ne sais pas ce que veut dire “mieux”
  • Quand bien même je me baserai uniquement sur les performances du capteur, on ne peut mettre au placard l’ergonomie par exemple, qui est avant tout subjective.
Ces 2 boîtiers (et tous les boîtiers qui sont équivalents en gamme) se valent largement, et l’achat de l’un ou de l’autre ne sera PAS une erreur. Mon conseil est de choisir à l’instinct : allez prendre les appareils en main, et voyez avec lequel vous vous sentez le mieux. Et vous ne ferez pas d’erreur, promis.

J’insiste sur la notion d’instinct, car vous verrez que par la suite on y reviendra.

Les réglages

réglage molette appareil photo reflexProbablement autant que le matériel, voire plus, vous réfléchissez souvent trop sur les réglages. LA question la plus courante qu’on me pose à ce sujet, c’est “je vais bientôt prendre des photos dans telle situation inconnue, je panique plus ou moins, quels réglages tu peux me conseiller ?
À la fois je comprends parce que je suis passé par là aussi, et à la fois ça m’énerve parce que ça démontre un profond manque de compréhension des bases. Je ne dis pas ça pour vous brimer (je pense que vous savez que ce n’est pas mon genre 😉 ), mais peut-être pour vous secouer un peu. Si vous vous posez ce genre de question, c’est que vous n’avez pas bien compris ce qu’est la photo. Alors je vais le redire une bonne fois pour toutes :
Il n’y a PAS de réglages type. Ça n’existe PAS.
Pour la plupart des situations classiques, même en se cantonnant à une image très banale, on peut difficilement donner des réglages type. Par exemple, si je vous dis de fermer à f/11 pour du paysage, ça va convenir dans la plupart des situations. Mais je ne peux rien vous dire sur la sensibilité ISO et sur la vitesse d’obturation, car ça dépend complètement de la lumière ambiante.
Et en plus de ça, ça tuerait toute créativité si tout le monde se limitait à des réglages type : les réglages sont là pour VOUS servir, votre œil, votre cœur et votre créativité, et non pas pour que vous soyez à leur service (ceci est aussi valable pour votre voiture et votre banquier :D).
La bonne nouvelle, c’est que tout n’est pas perdu, et que vous ne devez pas jeter votre appareil dans votre télé d’un geste furieux. Ne faites pas ça, je suis pour la paix dans les ménages 😀
Ce que beaucoup de débutants peinent à comprendre, c’est que les réglages ne tombent pas du ciel, ils proviennent d’un raisonnement en réalité très simple :
(Si vous ne comprenez pas certains des termes, cliquez sur les liens et revenez sur l’article juste après.)
  1. Est-ce que je veux contrôler ma profondeur de champ (arrière-plan flou ou non), ou la façon dont est perçu le mouvement dans l’image (sujets mobiles flous ou nets) ?
    -> Dans le premier cas, il faut utiliser la priorité à l’ouverture, dans le second la priorité à la vitesse.
  2. Faire un réglage d’ouverture ou de vitesse donc, en fonction du résultat que vous voulez obtenir. La sensibilité ISO peut rester à 100.
    -> Ici, il n’y a aucune honte à obtenir le bon réglage par essais / erreurs. Si vous voulez un sujet net, et un arrière-plan légèrement flou mais pas trop, vous pouvez vous demander s’il faut fermer à f/4 ou f/8. Et bien dans ce cas, testez ! Ça dépend beaucoup de la situation, et seule l’expérience vous permettra d’estimer ça sans trop d’erreurs (et encore)
  3. Si jamais vous manquez de lumière, augmentez la sensibilité ISOjusqu’à ce que ce ne soit plus le cas.
    -> En priorité ouverture, vous manquez de lumière quand la vitesse tombe en dessous du minimum pour éviter le flou de bougé.
    En priorité vitesse, vous manquez de lumière quand l’ouverture maximale de votre objectif clignote.
Et voilà, c’est à peu près tout ! Il y a quelques cas particuliers, mais ces 3 étapes très simples (qui vont rapidement devenir instinctives) suffisent dans la majorité des situations, même inconnues ! Donc arrêtez de trop réfléchir et faites simplement ça.
Dans l’extrême majorité des situations, il n’y aura AUCUN résultat visible sur votre photo à choisir une vitesse d’obturation un peu plus rapide qu’une autre, tant que vous utilisez un mode semi-automatique. Donc n’ayez pas peur des “conséquences dramatiques” de ne pas trop y penser : FONCEZ !

La composition

Si vous êtes comcomposition photo gateau assiette dessertme moi, vous avez tous déjà lu sur la règle des tiers, le nombre d’or ou d’autres règles de composition. Et vous avez eu raison : il faut connaitre ces règles qui sont une bonne base pour former votre œil, et vous permettent souvent de faire de meilleures images que Tata Jeannine qui met tout au milieu.
Mais pour autant, il ne faut ni devenir sectaire des règles (“L’œil de ton sujet n’est pas exactement sur l’intersection de la ligne des tiers, j’en déduis donc que ta photo est mal composée bouh pas bien.”), ni vouloir absolument les respecter au pied de la lettre. Pour la règle des tiers, considérez que si vous décentrez votre sujet, c’est bon.
Ici plus qu’ailleurs, il ne faut pas avoir peur de vous fier à votre instinct. Je sais, je sais, vous ne lui faites pas vraiment confiance, et puis la dernière fois que vous l’avez suivi ça a donné une photo toute moche et sans intérêt à la Baule. Mais maintenant que vous vous intéressez à la photo, que vous vous en rendiez compte ou non, votre goût s’affine. Si si.
Si vous voulez l’affiner encore plus, je vous invite à regarder beaucoup d’images (surtout des photos, mais pas seulement), et à essayer de trouver ce qui vous plaît, et ce qui ne vous plaît pas. Des fois, je trouve des photos exposées franchement mauvaises, mais au moins je sais pourquoi 😉
L’important en composition, c’est surtout de bouger. Ne SURTOUT PAS cadrer, se dire “ouais c’est pas mal”, déclencher, et partir prendre un café. En général, votre premier placement est mauvais. Ou si vous avez déjà bougé avant même de prendre l’appareil pour avoir le bon point de vue (félicitations !), votre composition manque encore de précision, donc ça vaut aussi pour vous.
Donc regardez ce que vous avez dans le viseur / sur l’écran, et déplacez-vous pour trouver le point de vue qui vous semble le plus harmonieux et le plus fort, à vous, pas à votre voisin. Oui, vous allez vous tromper. On passe tous par là, mais bonne nouvelle : l’échec n’existe pas, il n’est qu’un pas de plus vers le succès.
Si vous vous viandez lamentablement et que votre composition est franchement douteuse (ça arrive à tout le monde), c’est pas grave ! Tirez-en des leçons (pourquoi est-elle mauvaise ? À quoi auriez-vous pu faire attention ?) et ne refaites pas la même erreur. Bravo, vous venez de faire un nouveau petit pas dans l’apprentissage de la photographie.

Le post-traitement

photo mer barque gangeC’est un peu moins grave dans ce domaine, mais il y a encore des interrogations de trop. La première et la plus simple pour moi, c’est “est-ce qu’il faut vraiment que je me mette au RAW, parce que tu comprends [insérez ici une excuse non recevable] ?”. La réponse est oui, sans le moindre doute, à moins que vous deviez absolument rendre vos images à votre rédaction dans les 10 minutes. Qui parmi vous est photojournaliste pro ? Personne ? Je m’en doutais 😀
Pour ce qui est du choix du logiciel, ça va encore, mais il ne faut pas trop tergiverser. Si vous voulez un gratuit, prenez RawTherapee. S’il ne marche pas sur votre Mac, au prix de ces engins, ne me dites pas que vous ne pouvez pas acheter un logiciel à 60€, et prenez Aperture si vous voulez.
Si vous voulez bien payer un logiciel (je vous le conseille quand même), Lightroom est une valeur sûre, il y a peu de chances que vous soyez déçu. Vous pouvez même l’essayer gratuitement. Ce n’est pas le seul bien évidemment, mais si vous ne savez pas quoi prendre, prenez celui-ci, et passez du temps à faire des photos plutôt que de réfléchir à ça 😉

Par contre, à cette étape, photo enfant jouet central park noir et blancvous faites parfois un peu d’underthinking (de “sous-pensage” ? :P), notamment dans le choix des images publiées. Trop souvent, vous publiez des séries avec 5 fois la quasi même photo. Ne dites pas non, je le sais, même moi je suis tenté de le faire parfois.
Mais le propre du photographe, c’est aussi de montrer LA meilleure image. Alors évidemment si vous faites une série dans un contexte de reportage (en concert par exemple), vous allez rarement en montrer une seule. Mais s’il y a un moment fort, ne montrez que la meilleure. Si vous avez 2 expressions sympa mais que la lumière et le cadrage sont les mêmes, choisissez la meilleure. Sinon, on s’ennuie en le regardant.
Je sais que c’est très difficile de choisir quand on estime avoir 2 bonnes images, mais il faut savoir le faire. Comme le disait Hervé le Gall, le génie du photographe est aussi une question de choix (je vous conseille fortement de lire cet article, qui prend pour exemple les autres photos de la série à laquelle appartient cette image mondialement célèbre de Diane Arbus).
Là encore, suivez votre instinct. Qu’est-ce qui vous parle le plus ? Qu’est-ce que vous vouliez montrer ? Si une photo parle à votre cœur, et que pour la suivante les raisons rationnelles l’emportent (ah bah oui mais celle-là son bras n’est pas coupé), choisissez la première. Toujours. Là encore vous allez vous tromper. Peu importe. Osez, et avancez.

Le but de cet article, c’est de vous délivrer d’interrogations inutiles et pesantes, pour que votre pratique photo soit plus décomplexée, et que vous vous amusiez ! Je vous rappelle que le but est de prendre du plaisir, et pas de se prendre la tête !
C’est pour ça que j’ai employé un ton volontairement un peu ferme, histoire de secouer un peu les branches. Le premier qui se vexe n’a pas d’humour ! 😀
Maintenant, racontez-nous en commentaire : à quoi vous réfléchissez trop actuellement ? À quoi vous avez trop réfléchi, et dont l’arrêt vous a rendu plus libre en photo ? 🙂
 

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